Le mystère de la petite église dans la forêt 3éme partie

Publié le par mam.irene

Si, je m'étais perdue, la nuit tombait !

La femme la regarda avec incrédulité, elle scruta longuement ses traits, déposa à la hate ses fleurs et lui prit le bras...

- Personne n'a dormi en ces lieux depuis plus de 100 ans. Vous avez de la chance mon petit qu'elle ait accepté de vous épargnée...

Venez vite, je vous emmène chez moi, je vous raconterai tout devant un bon bol de chocolat chaud.

Agathe se décida à suivre la vieille dame, qui semblait connaitre chaque fourré, chaque buisson, elle trébucha à plusieurs reprises sur des pierres qui sortaient de terre sous la végétation . Elle contournèrent un muret, des ruines de ce qui devaient être jadis un hameau. La gardienne lui intima l'ordre de presser le pas alors qu'elles allaient passer devant un calvaire, très mal entretenu où poussaient mousse et lierre sauvage.

Enfin, elles arrivèrent à une petite maison où une cheminée à l'ancienne dispensait une chaleur douce et réconfortante.

-Je m' appelle Marie Jeanne, dit enfin la femme, rompant un silence qui devenait pesant, installez-vous confortablement. Je devine que vous avez passé une très vilaine nuit...

- Que s'est-il passé à cet endroit, dans cette église, je n'ai pas rêvé, il y avait bien cette drôle de dame ?...

Les questions d' Agathe se bousculaient dans sa tête, Marie Jeanne la regarda longtemps, scrutant chaque trait de son visage avec une telle insistance que cela mis la jeune femme mal à l'aise...

- Quel âge as-tu, jeune fille, 25 ans, guère plus...

- J'ai eu 24 ans en janvier, s'il vous plait répondez à mes questions, j' ai l'impression de devenir folle !

- Folle...

Tu as trouvé le mot juste, c'est ce qui est arrivé à ma petite Louise, elle venait de temps en temps s'occuper de l'église avec moi, et puis ce jour, il y a 50 ans, elle a voulu la voir, elle est revenue dans l'église alors que je la croyais couchée...

Je l'ai trouvée, prostrée, hagarde, elle s'est mise à hurler, c'était épouvantable, son état ne s'est jamais amélioré, on l' a placé en hopital psychiatrique. Je vais la voir tous les jours, elle ne me reconnait même pas, les seuls mots qu'elle prononce sont : la dame a froid, la dame a froid...

Soudain un gros chat noir se jeta sur Agathe, soufflant, crachant, toutes griffes dehors ! C'en était trop pour la pauvre femme qui s'évanouit.

Elle se réveilla dans un lit moelleux, elle repèra sa banane au milieu de ses vêtements et l'ouvrit : il fallait qu'elle sache.

Le petit sac était là, il contenait une miniature avec le portrait d'une jeune femme qui ressemblait traits pour traits à Agathe comme une soeur jumelle et un vieux morceau de papier où était grifonnés ces mots à l'encre violette : aide-moi...

Agathe s'habilla en toute hâte et rejoignit Marie Jeanne qui était affairée à préparer le ragoût pour le déjeuner.

- Comment vas-tu, ma jolie,es-tu remise de tes émotions ?

- Mon nom est Agathe, Madame, il est parti ce chat monstrueux ?

- Je ne l'ai pas revu depuis que je t'ai couchée, d'ailleurs je ne l'avais jamais vu auparavent, je n'ai pas d'animaux, ici.

D'où vient-il, je l'ignore, il n'y a personne à des kilométres à la ronde.

Le mystère devenait de plus en plus dense, Agathe voulait tout comprendre et tout de suite.

- Prends place, ma fille, je vais tout t'expliquer...

La vielle dame parla pendant des heures, Agathe, éberluée écoutait ce qui semblait une histoire fantastique, complétement irréelle.

Passionnée, elle buvait littéralement les paroles de la vieille dame sans l'interrompre. Lorsque celle-ci eut fini son récit, Agathe sortit de sa poche le petit sac de toile et le lui tendit.

- C'est bien elle, c'est Marie Clothilde de Bauzemont, peu de temps avant cette nuit tragique, comme tu lui ressembles...

- Le mot sur le papier déchiré veut dire "aide moi", n'est ce pas ?...

- Je lis le mot "aide", la suite est illisible, ce n'est pas "moi", c'est "Lou" ensuite le papier est déchiqueté, tu comprends ce que ces mots signifient, je pense...

- Bien sûr, "aide Louise".

La pauvre Marie Clothilde était une femme juste, elle ne pouvait supporter d'avoir causé la perte de l'esprit de cette malheureuse enfant...

Pourquoi m'avoir, choisie, précisément, pour notre ressemblance ?

- Je pense qu'elle t'a attiré dans ces lieux car tu as une âme pure, souviens toi seule une âme pûre peut sauver ces malheureux et apporter la paix à son âme.

La brave gardienne, heureuse d'avoir communiqué à la jeune élue, le secret qu'elle tenait de son père, l'embrassa chaleureusement.

- Soit prudente, jeune Agathe, le sort de ma petite Louise et de tous les habitants du village maudit est entre tes mains.

Marie Clothilde va te guider, elle t'indiquera le chemin, par des signes, soit attentive à l'attitude des animaux, des éléments, des végétaux. Tu vas entrer dans un espace-temps particulier et tu seras seule, ma jolie, tous compte sur toi, j'ai accompli ma mission, je peux désormais reposer en paix.

Agathe ne pû rien dire, en effet, elle avait compris que la vie de la vieille dame allait s'achever, elle avait passé toute sa vie à attendre l'élu, et l'élue c'était elle. Elle pouvait mourir en paix maintenant.

Elle s'enfuit en courant pour que la vieille dame ne voit pas les larmes qui lui coulait le long des joues...

Elle repensa au calvaire qu'avait vécu la douce et vertueuse Marie Clothilde par la bêtise de personnes incultes et superstitieuses. A ses souffrances inhumaines.

- Je vais t'aider ma belle dame, jura-telle, même si j'en perds la vie, même je ne reviens jamais parmi ceux que j'aime, même si ces lourdaux ne méritent pas ta pitié. Louise va revivre sa vie de petite fille auprés de sa maman, je t'en fais le serment.

A ce moment là une chouette hulula...

Agathe compris que Marie Clothilde était à ses côtés, elle préféra cette forme à celle de la dame blanche. Elle sourit en pensant à la déésse grecque Athéna qui aimait cet animal...

- Ce n'est pas d'Athéna dont j'aurais besoin, mais de l'aide de tous les dieux de l'Olympe... marmona-t-elle.

Marie Jeanne lui avait dit de retourner auprés du calvaire, cet endroit qui lui avait fait si peur. Elle trouva sans trop de peine la croix délabrée, envahie par la végétation. Elle se remémora les paroles de la gardienne :

- Place toi le dos contre le crucifix, fais dix pas devant toi et tu seras exactement à l'endroit précis où fût torturée la jeune femme et où elle périt, l'entrée du monde souterrain se trouve juste là...

Quand tu seras entrée, tu ne ressortira pas par là, la porte va s'ouvrir devant toi et se refermera à jamais...

Tu trouveras la sortie seulement quand ta mission sera accomplie, sinon tu seras à jamais prisonnière.

Agathe, se retrouva le dos appuyé au calvaire, fit dix pas en avant, puis...

Une lumière aveuglante surgit des fourrés, une porte en ruine se materialisa, invitant Agathe à se poser la question que se poserait dans la même situation, notre ami Jean Christophe Bataille :

- En temps normal, je n'entrerais pas... A moins d'avoir une bonne raison...

J'ai de bonnes raisons, Louise qui doit revivre sa vie volée de petite fille, le repos éternel de Marie Clothilde, ces idiots de villageois à libérer !

Pour l' encourager, la chouette qui l'accompagnait s'envola et traversa la porte. Ne se sentant plus seule, Agathe la suivit sans hésiter.

A peine laporte franchie, celle-ci s'effaça et Agathe se retrouva au coeur de la même forêt, en face d'elle, un chemin empierré l'invitait à poursuivre son chemin.

C'était la nuit, au bout du chemin, des escaliers de pierre s'enfonçaient dans le sol...

Agathe avait la chair de poule, machinalement elle sortit son téléphone portable, l'écran était blanc, aucun réseau, bien sûr !

Où pouvait-elle donc se trouver, dérrière elle il n'y avait plus rien, à part un brouillard épais, Marie Jeanne le lui avait bien dit : le chemin serait fermé derrière elle, la sortie serait de l'autre côté, quand sa mission serait accomplie...

Elle descendit les marches une une, faisant attention à l'endroit où elle poserait les pieds. La descente fût interminable : jusqu'en enfer pensa-t-elle avec effroi...

Enfin, elle trouva une plate-forme, donnant sur un corridor, éclairé par des torches. Etait-elle attendue ?

Elle n'en crut pas ses yeux lorsqu'elle entra dans la nef de l' église qui l'avait accueillie, au début de sa mystèrieuse épopée...

Elle retrouva gravé dans la pierre le mystérieux dessin juste devant l'autel. Au centre de la rosace l'attendait son amie la chouette. Agathe s'approcha, mais une nuée de chauve-souris l'attaqua, toutes griffes et toutes dents en avant. Sans réfléchir à son geste sacrilège, Agathe s'empara d'un crucifix en or posé sur l'autel et se servit de cette matraque providentielle pour mettre l'armée de chauve-souris en déroute.

- Que Dieu me pardonne, marmona-t-elle, en reposant la sainte arme à sa place!

Toutes les issues de l'église étaient fermées, seule la porte de la sacristie s'ouvrit, montrant un lit, avec des draps fins et une chaude couverture qui l'attendait.

Agathe soupira, se coucha toute habillée et s'endormit...

Elle s'appréte à se coucher dans le même lit dans la sacristie de l'église où elle avait trouvé refuge au début de son aventure.

Agathe s'avança vers ce lit qui l'attendait, se coucha et sombra dans un curieux sommeil. Elle vit son corps, couché au milieu de la rosace, sa tête dans un cercle, ses bras et ses jambes tendus dans les quatre autres cercles. L'étrange roue sur laquelle elle paraissait crucifiée, tourna sur elle même et il lui sembla qu'elle tombait dans un puit sans fin. La jeune femme n'avait plus aucune crainte, plus la roue descendait, plus elle se sentait calme et relaxée.

La roue s'arréta enfin, Agathe se rendit compte qu'elle était à nouveau dans un lit, son état était particulier, elle était elle-même en même temps qu'une autre femme qui lui était familière : Marie Clothilde. Les souvenirs de sa vie de jeune femme du XXIème siècle s'estompaient, faisant place à ceux d'une autre personne vivant à la fin du XIXème siècle. Agathe était devenue Marie Clotilde, dans un passé qui lui était totalement inconnu...

Elle se leva et constata qu'elle se trouvait dans une pièce sombre, les murs blanchis à la chaux. Elle était revêtue d'une logue ronbe grisâtre en lin, ses longs cheveux blonds tirés en chignon et recouvert d'un petit bonnet blanc en dentelle.

Elle tenta de sortir mais la porte était verrouillée. Tristement elle se résigna, elle savait qu'elle était prisonnière.

Les souvenirs se bousculaient dans sa tête. Elle savait qu'elle était une femme de bien, qu'elle vivait seule dans sa petite maison dans la fôret, qu'elle soignait tous les maux des villageois ainsi que de leur bétail. "Sorcellerie, pensa la partie consciente d'Agathe...", au fond d'elle-même, elle savait que c'était bien plus compliqué que cela...

Marie Clothilde faisait bien profession de sage-femme, guérisseuse pour les hommes et les bêtes et rebouteuse, mais à l' époque où elle vivait, on ne brûlait plus les sorcières pour autant... Même si elle était mal considérée par le curé du village ainsi que par le médecin, à qui elle faisait ombrage.

Le malin, le mal a l'état pur était apparu un jour, dans sa maison : c'était un beau jeune homme, prénommé Luc, il avait apprit son existence et venait semble-t-il la consulter pour quelque maux pas très bien définis.

Marie Clothilde ressentit très rapidement l'aura maléfique de cet homme, mais il était déjà trop tard, son coeur était sous le charme et tout son être se tendait vers lui...

La vertueuse jeune femme était devenue une pauvre fille perdue, ses mains ne guérissaient plus, son coeur était vide. Son âme lui échappait...

Luc le maléfique en avait fait sa chose, une créature au service du mal. Elle renoua avec des rites de sorcellerie qui avaient cours quelques siècles plus tôt, convertissants les pauvres âmes qui lui faisaient une totale confiance, à une doctrine démoniaque. Des nouveaux nés furent sacrifiés pendant de sanglantes messes noires. Luc avait disparu laissant à sa place un curieux chat noir à l'allure inquiètante...

Le village connut des périodes très sombres, le bétail fut décimé par une étrange épidémie, les enfants mourraient en bas âge, les femmes devinrent stériles et les hommes furent pris d'une folie meurtrière...

Le curé harangua tous les habitants contre la femmes qui étaient à l'origine de tous leurs problèmes. Elle fût arrêtée, battue et enfermée dans cette pièce sordide en attendant son terrible châtiment...

Agathe comprit très vite ce qu'allait subir la jeune femme, et sa conscience tenta de se réveiller :

- Je ne vais pas souffrir en même temps que cette femme, se révolta-t-elle, je n'ai rien fait, moi...

Pourquoi m'avoir emmené du futur pour me faire mourir dans d'horribles souffrances ? C'est ridicule, ça ne sert à rien, hurla-t-elle...

- Tu es là pour sauver les habitants, qui sont retenus prisonniers dans un autre espace temps, pour comprendre ce que tu dois faire, tu dois vivre mon agonie et seulement là, tu comprendras où est ta mission !

- Tu vas mourir ?

- Oui, souffrir, mourir, expier mes fautes..

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francoise 11/01/2008 09:45

Une petite incursion dans le passé, la lutte du bien contre le mal; Bien imaginé.

mamirene 11/01/2008 14:36

J'ai remanié complétement ces épisodes et c'est de là que j'ai publié Agathe sauve Marie Clotilde, il y a plus de suspens... et la fin n'est pas la même.Mais je suis contente que tu aies aimé.

la varlope 06/03/2007 19:29

Bonsoir Irène je te souhaite une bonne fin de soirée avec une agréable nuit je t’embrasse fort Amitiés André

mam.irene 06/03/2007 20:08

Bonne soirée à toi aussi, André...